Début de mon histoire, je n'ai encore que 14 ans

Début de mon histoire, je n'ai encore que 14 ans
« Anorexie mentale. »
Le verdict est tombé comme un couperet. Ma mère se tourne vers moi. Je ne bouge pas. Ce n'est pas de moi dont on parle. Ce docteur et ma mère parlent d'une inconnue. Une inconnue souffrant d'anorexie mentale.
« -Madame, reprend la voix sèche du docteur, Votre fille doit se faire hospitaliser dans les plus brefs délais. Son c½ur est en grand danger. A vrai dire, c'est un miracle qu'elle n'est pas atterrie en réa.
-Je comprends, murmure ma mère. »
Elles continuent leur discussion. Je vais être enfermée, alors que je ne suis pas malade!
« -Julie? le docteur attend de moi une réponse.
-Je ne veux pas être hospitalisée! Dis-je la gorge nouée, les larmes aux yeux.
-Voyons un peu de sérieux. Vous ne pouvez pas continuer à perdre un kg par semaine. Vous ne voulez pas mourir? Vous avez besoin d'une prise en charge! »
Je me mets à trembler. Je me lève droite comme un I. Les larmes coulent. Je me mets à crier d'une voix stridente. Je ne veux pas! Je n'en peux plus! Qu'on me laisse en paix! Moi;je me sens bien ainsi!
Ma mère, les docteurs, les infirmiers. Tous essaient de me ramener à la raison. A m'amener dans cette chambre 731! Je crie, pleure, frappe, griffe, crache, m'étrangle, hurle, tempête, menace... Rien n'y fait.
A 15h30 je me retrouve seule. Une perf dans le bras gauche. Sans mon portable. Sans ma mère. Je hais tout. L'hôpital. Les gens qui y sont. Ma mère. Moi pour avoir ces pensées. Je suis épuisée. Finalement, à bout de force, vidée, je me roule sur un coin du lit. Le bras gauche tendu à cause de la perf qui me fait mal. Je bascule dans un sommeil lourd, sans rêves.

# Posté le vendredi 23 mai 2008 17:18

Modifié le samedi 05 juillet 2008 09:42

Second article, si cela vous interresse...

Repos de courte durée. A 16h05, une infirmière et une aide-soignante viennent prendre mes constantes et...me brancher à l'électrocardiogramme .Et en plus elles ont amené un goûter!! Je me contente d'en regarder le contenu. Un fromage blanc plus sucre; une madeleine sous cellophane; une pomme. Ils se foutent de moi. Je me remets à pleurer. En plus l'électrocardiogramme bipe quasiment à chacun de mes mouvements. Ces bips incessants provoquent des envies de meurtres. Ils m'empêchent de me reposer.
Dehors un soleil éblouissant inonde la ville. J'aurais préféré de loin un temps de pluie humide pour ne pas avoir cette sensation de frustration de me sentir priver des beaux jours. Déjà je sens de nouvelles larmes perçaient. Je les essuient rageusement. Je repense à ce matin. Quand maman et moi sommes arrivées pour 11h, voir le docteur Mignot. Le ton froid qu'elle a utilisé tout le long de cette pénible consultation. Le sermon qu'elle m'a fait en découvrant les scarifications de mes bras, mes cuisses et mon torse. Et la tête de ma maman quand elle a appris mes « exploits » avec les ciseaux orange ceux de la cuisine (qui avaient depuis quelques temps déjà disparus).
A 19h précise, la même infirmière et sa coéquipière entrent dans ma chambre et me reprennent mes constantes, un dextro et (cerise sur le gâteau) m'amènent un plateau repas!! Avec des plats sous cellophanes, réchauffés au préalable au micro-onde. Cette fois-ci je ne daigne même pas en regarder. Je me rassied sur mon lit et allume la télé. Malheureusement pour moi à cette heure-ci on a le choix entre des émissions idiotes qui m'horripilent et les informations qui vont me déprimer encore plus. Je décide de laisser Friends mais sans le son et m'allonge sur mon lit.
Finalement à 20h elles sont revenues enlevées mon plateau (intact). Elles m'ont lancée un regard en coin mais se sont tues, Dieu merci.
A peine sont-elles parties que je réalise que je souhaite aller au toilettes et me laver. Comment faire je ne dispose ni de WC ni de douche? Et puis je suis prête à parier qu'on ne doit pas mouiller une perf!? Oh et puis zut! pensais-je, je n'ai qu'à attendre que quelqu'un vienne me voir.
Sauf que c'est sans compter mon envie pressante. Je sonne. La loupiote clignote et j'entends des bruits de pas précipités dans le couloir. Une tête, puis un corps entier entre dans ma chambre appuie sur un bouton qui arrête la loupiote et me demande « Qui y a-t-il? » Certes elle est gentille mais je ne peux m'empêcher de répondre avec une voix odieuse « Comment je fais pour aller au toilettes et pour me laver? »
Bref! Une bonne heure et quart plus tard je suis lavée et soulagée. J'ai dû aller dans les toilettes et la douche commune. C'est vraiment le genre de truc que je déteste et dont je me sens encore plus sale après qu'avant. Et vous savez quoi? J'avais raison! Il ne faut jamais mouiller une perf, donc on m'a nouée bien serré un sac plastique su tout mon avant-bras. C'est réellement très pratique pour se laver.
Répit jusqu'à 21h39, heure à laquelle les infirmières de nuit passent de nouveau prendre mes constantes et un dextro. Évidemment je suis en hypoglycémie! Du coup l'aide-soignante m'amène un pain et une briquette de jus d'orange. Sauf que moi je ne suis pas d'accord pour les prendre. On m'augmente le débit de perf.
Je dors très mal. Mon électrocardiogramme ne cesse de biper et l'équipe de nuit doit venir changer la poche de ma perf et faire dextro et constantes (eh oui même la nuit on est pas tranquille dans un hôpital).
Enfin à 8h le lendemain matin on vient me réveiller (même si je le suis déjà) et rebelote constantes et dextro. Mais il y a quand même une variante: tous les matins je suis pesée à la balance du poste de soin. Ce qui m'est par ailleurs particulièrement désagréable. N'empêche j'ai encore perdu du poids.
La journée se déroule comme celle de la veille. Je ne mange pas mais bois beaucoup. Je rencontre l'interne. Elle m'ausculte me pose quelques questions, me met en garde...
Ce n'est que trois jours plus tard que ma meilleure amie, le docteur Mignot, daigne me rendre visite. Mais elle n'est pas seule! Une femme en blouse blanche l'accompagne. Elle se présente. Docteur Garrault Deloubrèse.
Le Docteur Garrault Deloubrèse est psychiatre, elle me suivra durant mon hospitalisation ici. C'est une belle femme. De longs cheveux noirs encadrent son visage pâle et fin. Sa voix est douce et ses manières plus engageantes que celles de Mignot. Avec elle je pense que j'arriverai à parler, à m'exprimer.
Après nous avoir présentée l'une à l'autre, Mignot assise en face de moi me fixe, me fait un espèce de sourire, qui me fait plus penser à une grimace, et me déclare qu'elle risque de devoir prendre des mesures plus sérieuses si je ne réagis pas vite. C'est-à-dire si je ne mange pas!
Malgré les prédictions de Mignot je ne mange ni à midi, ni au goûter.
Vers 17h30 le Docteur Garrault Deloubrèse revient me voir. Seule. Elle commence par me parler de comment va se dérouler son travail avec moi dans le cadre de cette hospitalisation. Puis elle me pose des questions d'abord assez générales sur ma famille, mon collège, mes passe-temps... Ensuite elle aborde des sujets plus délicats, plus personnels. Notamment comment et pourquoi je pense être devenue anorexique. Mais je ne peux pas répondre à certaines de ses questions car n'ayant pas la sensation, ne pensant pas être anorexique je ne peux pas répondre.
Au bout de ce qui m'a paru une bonne heure et demie elle se lève et part en m'informant qu'elle essaierai de repasser le plus vite possible.
Lorsque je me retrouve à nouveau seule je réfléchis intensément aux « questions pièges » qu'elle m'a posées et auquel je n'ai pas pues répondre. Puis fatiguée je m'assoupis.

# Posté le vendredi 23 mai 2008 17:21

Petite pause!

 Petite pause!

Je fais une petite page de publicité pour vous demander de LACHER vos coms!! En effet je souhaite savoir si ce que vous pensez de mon texte! Qui est aussi ma vie!!

Je voudrais savoir si mes écrits peuvent aider ou rassurer des gens qui souffrent en voyant qu'ils ne sont pas seuls... Si vous vous sentez mal, dites-le moi! Je suis prête à vous écouter et vous aider su je peux! Laisser moi de quoi vous répondre!

# Posté le vendredi 23 mai 2008 17:28

Troisième article du texte


La soirée s'était déroulée comme d'habitude, alors pourquoi diable vient-on me réveiller à 04h03 du matin? Et pourquoi est-ce l'interne en pédiatrie qui vient et pas une simple infirmière? Pourquoi me regarde-t-elle ainsi? Ais-je fais quelque chose? Puis elle se met à parler d'une voix qui se veut aimable et tout en continuant de me regarder sans ciller m'annonce qu'on va me mettre dans quelques minutes une sonde naso-gastrique. On aurait du attendre le lendemain matin, sur ordre de Mignot, mais mon c½ur s'étant arrêté pendant quelques secondes dans mon sommeil... En gros c'est ça ou je meurs! Tu parles d'un truc!
Donc à 04h et quelques du mat' une infirmière vient m'expliquer comment elle va me poser cette sonde. Puis elle commence son travail de tortionnaire.
Une sonde naso-gastrique est une espèce de long spaghetti transparent, creux puisque qu'un liquide va passer, et plus ou moins gros (celles pour nourrissons sont moins épaisses que celles pour adultes, normal).Pour faire passer le « spaghetti » il faut déglutir et boire de l'eau pour s'aider. Le spaghetti passe dans une narine, derrière le palais dans la gorge...jusqu'à l'estomac.
Je sentis donc en pleine nuit un spaghetti pénétrer, forcer son chemin à travers moi. Mes larmes coulaient sans que je puisse les stopper. J'avais l'impression que plus le « spaghetti » s'enfonçait plus une déchirure et une irritation se faisait en moi. C'est assez traumatisant comme expérience. Puis pour que la sonde ne bouge point on me coller un petite scotch sur le nez, un gros ovale en espèce de mousse qui me mangeais la moitié de la joue gauche. Je me sentais agressée, forcée, défigurée. Plus moi-même. Puis le tuyau est relié à un autre tuyau plus épais jusqu'à une poche de Sondalis c'est-à-dire un complément alimentaire. On me régla sur un premier débit de 75 millilitre par heure. (Une poche fait toujours 500 millilitre.)
Cette nuit là je ne réussis pas à ma rendormir. Je pleurais une bonne partie de la nuit puis j'écoutais mon Ipod, une des seules choses que j'avais pu amener ici.
Le lendemain quand l'infirmière vint me prendre mes constantes elle me trouve déjà éveillée, puisque je n'ai pas dormi...
J'agis machinalement comme un robot. Ne petit-déjeune toujours pas. Je ne déjeune pas. Vers 14h la chef de clinique vient me voir. Docteur Meuryc est vraiment à l'écoute, elle prend le temps de parler de répondre aux questions. Elle est douce, attentive. Je l'apprécie, elle fait partie des quelques médecins de ce fichu hôpital en qui je crois.
Elle m'explique pourquoi on a dû me mettre une sonde et pourquoi en pleine nuit. J'étais au portes de la Mort!! Je ne m'en ai pas du tout rendu compte pourtant. Mais elle, elle doit avoir raison pensais-je, elle ce n'est pas Mignot.
Ensuite c'est un défilé de médecins et de soignants. Je me sens agressée par tous ces gens qui viennent sans arrêt et attendent à peine quand ils toquent. Je n'ose même pas aller aux toilettes de crainte que quelque un arrive alors que je suis momentanément indisponible.
Je vois donc mon interne en pédiatrie, Garrault de Loubrèse, des soignants et, malheureusement, Mignot. Évidemment elle me fait pleurer et me quitte en larmes. Elle m'a augmenté mon débit de sonde...
Le soir je pleure pendant plusieurs heures sans parvenir à me calmer. En effet ma mère me manque à un point incroyable. Depuis plusieurs jours je n'ai pas de nouvelles de l'extérieur; sauf par les infos mais elles ne concernent heureusement pas ma famille et mes amis. Et toutes les horreurs du mondes, toutes ces souffrances me paraissent tellement invraisemblable tellement lointaines qu'elles en deviennent irréelles. Cela peut paraître cruelle que les guerres, les attentats... ne me fassent ni chaud ni froid mais je me sens tellement hors du monde comme si j'étais morte...

# Posté le samedi 24 mai 2008 06:06

Quatrième article sur ma vie!!



Finalement après plusieurs jours de déprimes, de non alimentation volontaire, d'augmentation de sonde, d'ennui j'arrive à convaincre Mignot de laisser ma mère m'amener du courrier, de quoi écrire et dessiner et surtout, surtout des livres...Mais je ne pourrais pas la voir. Je ne pourrais pas voir ma mère et ça fait déjà douze jours que je ne l'ai pas vue. Je ne peux m'empêcher de pleurer. Et on voudrait que je remange de plein grès et en étant contente, détendue, presque épanouie... C'est se foutre du monde!!
Parmi les livres maman m'a glissé une longue lettre de sa part! Cet acte m'a particulièrement touchée car je sais qu'écrire ses sentiments n'est pas son fort. Sa lettre entre autre me dit « Ma petite Sweetynourson je veux tellement que tu guérisses que je mets une foi aveugle dans tes médecins de l'hôpital. Peut-être les règles que l'on t'impose sont-elles dures pour toi mais sache que pour moi ce n'est pas non plus facile. » Je ne la comprends pas. Et je sens que je ne la comprendrai jamais. Comment peut-on accepter des médecins une interdiction de communiquer sans se poser un minimum de questions? Enfin nous n'avons pas la même vision des choses de la vie.
Pour ma part je ne pense que guérir de force soit un bon moyen. Ce procédé écoeure de la guérison, du mieux-être. Mais c'est la méthode traditionnelle.
Je rêve de m'évader d'ici! De sentir le soleil inonder mon visage et la pluie le brouiller! Le vent le gifler et la brise me caresser! Cela peut paraître idiot de vouloir ces choses mais quand on est enfermée depuis trop longtemps la moindre chose qui se rapproche du dehors, de la liberté fait rêver et même délirer!



# Posté le dimanche 25 mai 2008 06:42